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Poésie

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manuscrit d'Arthur Rimbaud

La poésie (la graphie ancienne était poësie) est un genre littéraire très ancien aux formes variées qui privilégie l'utilisation des vers et dans lequel l'importance dominante est accordée à la forme et au signifiant. La poésie est l'art du langage qui fait une utilisation maximale des ressources de la langue. Le travail sur la forme démultiplie la puissance du message et fait de la poésie la quintessence de l'expression littéraire.


 

Sommaire

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Généralités [modifier]

 

Origines [modifier]

Homère

Le mot poésie vient du grec ποιεῖν (poiein) qui signifie « faire, créer » ; le poète est donc un créateur de mots, un inventeur de formes expressives, ce que révèlent aussi les termes du moyen âge trouvère et troubadour.

Dans l'Antiquité grecque toute expression littéraire est qualifiée de poétique, qu'il s'agisse de l'art oratoire, du chant ou du théâtre : tout « fabricant de texte » est un poète comme l'exprime l'étymologie. Les philosophes grecs cherchent à affiner la définition de la poésie et Aristote dans sa Poétique identifie trois genres poétiques : la poésie épique, la poésie comique et la poésie dramatique. Plus tard les théoriciens de l'esthétique retiendront trois genres : l'épopée, la poésie lyrique et la poésie dramatique (incluant la tragédie comme la comédie), et l'utilisation du vers s'imposera comme la première caractéristique de la poésie, la différenciant ainsi de la prose, chargée de l'expression commune que l'on qualifiera de prosaïque.

Le mot poésie évoluera encore vers un sens plus restrictif en s'appliquant aux textes en vers qui font un emploi privilégié des ressources rhétoriques, sans préjuger des contenus : la poésie sera descriptive, narrative et philosophique avant de faire une place grandissante à l'expression des sentiments.

En effet, première expression littéraire de l'humanité, utilisant le rythme comme aide à la mémorisation et à la transmission orale, la poésie apparaît d'abord dans un cadre religieux et social en instituant les mythes fondateurs dans toutes les cultures que ce soit avec l'épopée de Gilgamesh, (3e millénaire avant JC) en Mésopotamie, les Vedas, le Ramayana ou le Mahabharata indiens, la Bible des Hébreux ou l'Iliade et l'Odyssée des Grecs.

Parallèlement à cette poésie épique des origines constituée de texte longs et narratifs, existe une poésie liturgique qui renvoie à la célébration divine par le poète inspiré dont les sociétés ritualiseront les textes sous forme de psaumes, d'hymnes, de sourates... . Dans un espace plus sécularisé se développeront aussi, en prenant appui sur le chant, l'élégie et la tragédie qui expriment le cœur et le destin des hommes. S'ajoutera sans doute en même temps le jeu sur le mots avec les comptines, les berceuses et autres créations ludiques qui donneront par exemple le nonsense anglosaxon.

 

Entre Apollon et Dionysos [modifier]

Apollon, la Poésie et la Musique – Opéra Garnier

La poésie est marquée par l'oralité et la musique de ses origines puisque la recherche de rythmes particuliers, comme l'utilisation des vers, et d'effets sonores, comme les rimes, avait une fonction mnémotechnique pour la transmission orale primitive. Cette facture propre au texte poétique fait que celui-ci est d'abord destiné à être entendu plutôt qu'abordé par la lecture silencieuse.

Placées sous l'égide d'Orphée et d'Apollon musagète, dieu de la beauté et des arts, et associées à la muse Erato, musique et poésie sont également étroitement liées par la recherche de l'harmonie et de la beauté, par le Charme, au sens fort de chant magique. La création poétique hésitera cependant constamment entre l'ordre et l'apaisement apolliniens qu'explicite Euripide dans Alceste : " Ce qui est sauvage, plein de désordre et de querelle, la lyre d'Apollon l'adoucit et l'apaise " et la " fureur dionysiaque " qui renvoie au dieu des extases, des mystères, des dérèglements et des rythmes des forces naturelles que l'on découvre par exemple dans le Dithyrambe de l'Antiquité grecque.

 

Fonction poétique [modifier]

Article détaillé : fonction poétique.

En linguistique, la poésie est décrite comme un énoncé centré sur la forme du message donc où la fonction poétique est prédominante. Dans la prose l'important est le "signifié", elle a un but " extérieur " (la transmission d'informations) et se définit comme une marche en avant que peut symboliser une flèche et que révèle la racine latine du mot qui signifie " avancer ". En revanche, pour la poésie, l'importance est orientée vers la " forme ", vers le signifiant, dans une démarche " réflexive ", symbolisée par le " vers " qui montre une progression dans la reprise avec le principe du retour en arrière (le vers se " renverse ") que l'on peut représenter par une spirale.

La poésie ne se définit donc pas par des thèmes particuliers mais par le soin majeur apporté au signifiant pour qu'il démultiplie le signifié : l'enrichissement du matériau linguistique prend en effet en compte autant le travail sur les aspects formels que le poids des mots, allant bien au delà du sens courant du terme " poésie " qui renvoie simplement à la beauté harmonieuse associée à une certaine sentimentalité. L'expression poétique offre cependant au cours de l'Histoire des orientations variées selon la dominante retenue par le poète.

 

L'écriture poétique [modifier]

L'invention poétique produite par le jaillissement de l'inspiration et la connexion privilégiée du poète avec l'indicible qui le conduit au delà du prosaïque repose également sur la maîtrise technique des formes savantes, et les poètes ne cesseront de débattre de l'importance relative de ces deux composantes. De fait, l'écriture poétique réside dans l'enrichissement du matériau linguistique complet, en prenant en compte à la fois le sens et le son, d'où une mise en page spécifique (le plus souvent), une densité particulière des mots avec des procédés de mise en valeur et d'expressivité, et une prise en compte des rythmes et des sonorités.

 

Le vers [modifier]

La mise en page du texte poétique est traditionnellement fondée sur le principe du retour et de la progression dans la reprise que figure l'utilisation du vers (régulier ou non), même s'il existe des formes métissées comme le poème en prose ou la prose poétique qui reprennent les caractéristiques du texte poétique (d'où leur dénominations) comme l'emploi des images et la recherche de sonorités ou de rythmes particuliers. Ces vers sont souvent regroupés en strophes et parfois organisés dans des poèmes à forme fixe comme le sonnet ou la ballade.

Calligramme – Apollinaire

La poésie métrée utilise des vers définis par le nombre de leurs syllabes comme l'alexandrin français, alors que la poésie scandée joue sur la longueur des pieds (et sur leur nombre) comme dans l'hexamètre dactylique grec et latin, ou sur la place des accents comme dans le pentamètre iambique anglais. Les poètes modernes se libèrent peu à peu de ces règles : par exemple les poètes français introduisent dans la deuxième moitié du XIXe siècle le vers libre puis le verset, et en remettant aussi en cause les conventions classiques de la rime qui disparaît largement au XXe siècle. Des essais graphiques plus marginaux ont été tentés par exemple par Mallarmé (" Un coup de dé ... "), Apollinaire (Calligrammes) ou Pierre Reverdy, en cherchant à parler à l'œil et plus seulement à l'oreille, tirant ainsi le poème du côté du tableau.

 

La musicalité [modifier]

L'origine orale et chantée de la poésie qu'évoquent la lyre d'Apollon ou la flûte d'Orphée marque l'expression poétique qui se préoccupe des rythmes avec le compte des syllabes (vers pairs/ vers impairs - " e muet " ...) et le jeu des accents et des pauses (césure enjambement ...). La poésie exploite aussi les sonorités particulièrement avec la rime (retour des mêmes sons à la fin d'au moins deux vers avec pour base la dernière voyelle tonique) et ses combinaisons de genre (rimes masculines ou féminines), de disposition (rimes suivies, croisées ...) et de richesse. Elle utilise aussi les reprises de sons dans un ou plusieurs vers (allitérations et assonances), le jeu du refrain (comme dans la ballade ou le Pont Mirabeau d'Apollinaire) ou la correspondance entre le son et le sens avec les harmonies imitatives (exemple fameux : " Pour qui sont ces serpents... ") ou les rimes sémantiques (exemple : "automne/monotone") …

 

Le poids des mots [modifier]

Mallarmé

Le poète exploite toutes les ressources de la langue en valorisant aussi les mots par leur rareté et leur nombre limité : on parle parfois de " poésie-télégramme " où chaque mot " coûte " comme dans le sonnet et ses 14 vers ou dans la brièveté extrême du haïku japonais de trois vers. L'enrichissement passe aussi par la recherche de sens rares et de néologismes (par exemple " incanter " dans " Les sapins d'Apollinaire "graves magiciens //Incantent le ciel quand il tonne ", ou " aube " associé aux Soleils couchants par Verlaine), par les connotations comme l'Inspiration derrière la figure féminine dans " Les Pas " de Paul Valéry ("Personne pure, ombre divine,/ Qu'ils sont doux, tes pas retenus ! ") ou par des réseaux lexicaux tissés dans le poème comme la religiosité dans " Harmonie du soir " de Baudelaire. Le poète dispose d'autres ressources encore comme la place dans le vers ou dans le poème (" trou de verdure " dans le premier vers du Dormeur du val de Rimbaud auquel répond le " trou rouge au côté droit " du derniers vers) ou les correspondances avec le rythme et les sonorités ("L'attelage suait, soufflait, était rendu. ... " - La Fontaine, Le Coche et la mouche ) ...

Le poète joue également de la mise en valeur des mots par les figures de style comme les figures d'insistance comme l'accumulation, le parallélisme ou l'anaphore (exemple : "Puisque le juste est dans l'abîme, /Puisqu'on donne le sceptre au crime, / Puisque tous les droits sont trahis, / Puisque les plus fiers restent mornes, /Puisqu'on affiche au coin des bornes / Le déshonneur de mon pays... ", Hugo Les Châtiments, II,5), les figures d'opposition comme le chiasme ou l'oxymore (" le soleil noir de la Mélancolie " - Nerval), les ruptures de construction comme l'ellipse ou l'anacoluthe (" Exilé sur le sol au milieu des huées, /Ses ailes de géant l'empêchent de marcher ", Baudelaire - L'albatros) et bien sûr les figures de substitution comme la comparaison (dont Eugène Guillevic en est l'un des meilleurs usagers) et la métaphore. L'emploi de l'image est d'ailleurs repéré comme une des marques de l'expression poétique ; un seul exemple emblématique de métaphore filée en rendra compte : " (Ruth se demandait ...) Quel Dieu, quel moissonneur de l'éternel été / Avait, en s'en allant, négligemment jeté / Cette faucille d'or dans le champ des étoiles", (Victor Hugo – Booz endormi.

 

Les grandes orientations de la poésie [modifier]

La définition de genres poétiques a toujours été discutée en débattant de critères formels et/ou de critères de contenu (d'objet) et, par ailleurs, la poésie moderne en faisant éclater les genres traditionnels (poésie lyrique, épique, engagée, spirituelle, narrative, descriptive...) et en devenant une expression totalisante et libre rend encore plus difficile la catégorisation.

Cependant, sans s'enfermer trop dans la terminologie formaliste, on peut observer des "dominantes" clés dans l'expression poétique (Roman Jakobson définissant la dominante comme " l'élément focal d'une oeuvre d'art " qui gouverne, détermine et transforme les autres éléments (voir Claude Compagnon[1]). L'opposition la plus simple se fait entre une orientation vers la forme (orientation " esthétique ") et une orientation vers le contenu (orientation " sémantique "), évidemment sans exclusion de l'autre puisque d'une part il y a sens dès qu'il y a mots et que, d'autre part, il y a expressivité formelle sans cela il n'y aurait pas écriture poétique. Cette dernière orientation multiple et complexe est parfois dite aussi " ontologique "(comme par Olivier Salzar[2]), parce que renvoyant " au sens de l'être considéré simultanément en tant qu'être général, abstrait, essentiel et en tant qu'être singulier, concret, existentiel " (TCF). Son champ très vaste peut à son tour être subdivisé en trois dominantes (définies par le modèle du signe présenté par Karl Bühler : " Le signe fonctionne en tant que tel par ses relations avec l’émetteur, le récepteur et le référent "[3]. Ces trois dominantes, là encore non exclusives, sont la dominante " expressive " ou " émotive " ou lyrique, au sens étroit, tournée vers le moi du poète, la dominante " conative ", orientée vers le destinataire que le poète veut atteindre en touchant sa conscience et sa sensibilité comme dans la poésie morale et engagée, et la fonction " référentielle ", tournée vers un " objet " extérieur, vers le chant du monde dans des perceptions sensibles, affectives ou culturelles comme dans la célébration ou la poésie épique où le poète rend sensible la démesure des mythes.

Mais ce découpage n'est qu'un éclairage : la poésie, plus que tout autre genre littéraire, pâtit de ces approches des " doctes " alors qu'elle est d'abord la rencontre entre celui qui, par ses mots, dit lui-même et son monde, et celui qui reçoit et partage ce dévoilement. En témoigne par exemple une oeuvre inclassable comme Les Chants de Maldoror de Lautréamont.

Le poète artiste [modifier]

Paul Valéry

Le souci de la forme est bien sûr constant chez les poètes et des règles prosodiques s'élaborent peu à peu aux XVIe et XVIIe siècles (compte du " e muet " - diérèse/synérèse – césure – pureté des rimes...). Cette importance accordée au travail poétique passe par les Grands rhétoriqueurs de la fin du XVe siècle puis la Pléiade et les classiques (" Beauté, mon beau souci " dira François Malherbe), avant de réapparaître au XIXe siècle en réaction aux effusions et aux facilités de la poésie romantique. Les théoriciens et praticiens de l'art pour l'art, partageant la conviction que " l'art vit de contraintes et meurt de liberté ", comme le dira au siècle suivant Paul Valéry, défendront les règles traditionnelles (vers syllabique – rimes - poèmes à forme fixes comme le sonnet) avec Théophile Gautier ou les Parnassiens comme Théodore de Banville, Leconte de Lisle ou José-Maria de Hérédia. Cette conception esthétique ira même avec Mallarmé jusqu'à un certain hermétisme en cherchant à " donner un sens plus pur aux mots de la tribu" et à relever des défis formels (comme le sonnet en -ixe/-yx de Mallarmé – les Calligrammes d'Apollinaire...) que systématiseront au milieu du XXe siècle les jeux de l'Oulipo et de Raymond Queneau (Cent mille milliards de poèmes), Georges Perec ou Jacques Roubaud.

On peut également, au delà du paradoxe apparent, rattacher à ce courant poétique qui met l'accent sur la "forme", les démarches d'Henri Michaux dont Le Grand Combat (Qui je fus ?, 1927) est écrit dans une langue inventée faite de suggestion sonore, ou encore les expérimentations "lettristes" d'Isidore Isou. Les impasses de cette poésie coupée de l'âme et parfois très rhétorique seront régulièrement combattues au nom de la souplesse et de la force de la suggestion, par exemple par Verlaine et les poètes symbolistes ou décadentistes de la fin du XIXe siècle, qui revendiqueront une approche moins corsetée de la poésie. Cette conception d'un art libéré des contraintes l'emportera largement au XXe siècle où la poésie deviendra une expression totalisante, au delà des questions de forme.

 

Le poète "lyrique" [modifier]

Lamartine

Si le mot " poétique " a dans son acception quotidienne le sens d'harmonieux et de sentimental, c'est à l'importance de la poésie lyrique qu'il le doit. Celle-ci, orientée vers le " moi " du poète, doit son nom à la lyre qui, dans l’Antiquité, accompagnait les chants qu'on ne distinguait pas alors de la poésie mais ne doit pas à se limiter à la petite musique personnelle du poète chantant un des thèmes traditionnels et a priori poétiques comme l'amour, la mort, la solitude, l'angoisse existentielle, la nature ou la rêverie. En effet la poésie a su faire entrer la modernité dans le champ poétique y compris dans ses aspects les plus surprenants ou les plus prosaïques (" Une charogne " chez Baudelaire, la ville industrielle chez Verhaeren et le quotidien trivial chez Verlaine dans ces vers de Cythère, dans Les fêtes galantes, " l'Amour comblant tout, hormis / La faim, sorbets et confitures / Nous préservent des courbatures "...). En fait la variété des voix est extrême, avec cependant des courants dominants selon les époques, comme le romantisme et le symbolisme au XIXe siècle ou le surréalisme au XXe.

Les formes évoluent elles-aussi passant par exemple du long poème romantique ( A Villequier de Victor Hugo ou les Nuits d'Alfred de Musset) au sonnet régulier de Baudelaire puis aux formes libres des symbolistes et à l'expression jaillissante de l'inconscient avec les Surréalistes avant la spontanéité de l'expression orale de Jacques Prévert dans Paroles par exemple.

La poésie lyrique est pour le poète le canal d'expression privilégiée de sa sensibilité et de sa subjectivité que symbolise le Pélican (Nuit de mai) d'Alfred de Musset. Mais cette poésie va au-delà de la confidence pour exprimer l'humaine condition et Hugo proclame dans la Préface des Contemplations : "Quand je parle de moi, je vous parle de vous ! ". Ce " chant de l'âme ", domaine privilégié du "je ", auquel adhère cependant le destinataire, s'oppose donc à la poésie descriptive et objective voir rhétorique des Parnassiens ou à la Poésie narrative des romans du Moyen Age et au genre épique qui traite de thèmes héroïques et mythiques avec rythme et couleur ou encore à la poésie d'idées (Lucrèce - OvideVoltaire) pour laquelle la forme poétique n'est pas le souci premier.

 

Le poète prophète, découvreur du monde [modifier]

Rimbaud

L'art de la poésie est aussi traditionnellement associé au " don de poésie ", c'est à dire à une fonction quasi divine du poète inspiré, en relation avec les Muses et le sacré, à qui revient le rôle de décodeur de l'invisible. C'est la conception de l'Antiquité représentée par Platon qui fait dire à Socrate (dans Ion) à propos des poètes : « Ils parlent en effet, non en vertu d'un art, mais d'une puissance divine " . Au XVIe siècle, la Pléiade reprendra cette perspective et Ronsard écrira ces vers dans son " Hymne de l'Automne " : " M'inspirant dedans l'âme un don de poësie,/ Que Dieu n'a concédé qu'à l'esprit agité/ Des poignants aiguillons de sa Divinité./ Quand l'homme en est touché, il devient un prophète " ) et c'est dans cette lignée que s'inscriront les poètes romantiques et après eux Baudelaire et les poètes symbolistes. Cette fonction particulière du poète trouvera un partisan exemplaire avec Arthur Rimbaud qui dans sa fameuse lettre à Paul Demeny demande au Poète de se faire " voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens " et d'être " vraiment voleur de feu ", et de trouver " du nouveau, - idées et formes ", en évoquant ailleurs " l'alchimie du verbe " qui doit être l'instrument du poète-découvreur.

Après la Première guerre mondiale et après Apollinaire, défenseur lui aussi de "L'esprit nouveau", les surréalistes, héritiers de cet enthousiasme rimbaldien, confieront à l'image poétique le soin de dépasser le réel et d'ouvrir des "champs magnétiques" novateurs mettant au jour l'inconscient, ce que formulera Louis Aragon dans Le Paysan de Paris en parlant de "l'emploi déréglé et passionnel du stupéfiant image".

Dans les années 50-70, revenant sur cette systématisation de l'image, les poètes s'orienteront davantage vers une poésie-célébration, un chant du monde orphique ou vers une poésie lyrique, chant de l'âme qui fait entendre la voix personnelle des poètes comme celle de Jules Supervielle, René Char ou Yves Bonnefoy.

 

Le poète engagé [modifier]

Hugo

Cependant, certains Romantiques et particulièrement Victor Hugo feront entrer le poète dans la Cité en lui attribuant un rôle de guide pour le peuple. De prophète, il devient Messie comme l'expose le célèbre " Fonction du poète " (les Rayons et les Ombres, 1837) où Victor Hugo définit le poète comme " le rêveur sacré ", élu de Dieu " qui parle à son âme ", devenu porteur de lumière et visionnaire, " des temps futurs perçant les ombres ".La poésie engagée des Châtiments à la fois épiques et satirique sera l'étape suivante pour Victor Hugo qui se posera comme l'Opposant à " Napoléon le petit ". Jehan Rictus témoigne avec sa poésie singulière de la vie des pauvres à la fin du XIXème siècle, contrastant avec le Naturalisme distancié de Zola.

Les engagements religieux, (de Charles Péguy par exemple), ou idéologiques retrouveront au XXe siècle comme un lointain héritage de Ronsard (Discours) ou d'Agrippa d'Aubigné avec Louis Aragon, chantre du communisme (Hourra l'Oural, 1934), Paul Claudel, pétainiste en 1941 (" Paroles au Maréchal ") ou Paul Éluard ("Ode à Staline", 1950) ou encore Jacques Prévert et ses positions anarchisantes dans Paroles (1946-1949).

Les poètes de la Négritude, Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor notamment, représentent quant à eux une branche particulière de la poésie francophone du XXème siècle, dont l'engagement et les idées véhiculées, très forts, sont encore assez confidentiels en France. Le premier est le chantre des Antilles, ayant la volonté de "plonger dans la vérité de l'être"[4], hanté par la question du déracinement des descendants d'esclaves (Cahier d'un Retour au Pays Natal). Le second a créé une poésie à vocation universelle ayant l'espérance comme leitmotiv, l'utilisation de la langue française et les références positives à la culture françaises mêlent aux sujets historiques africains qu'il vivifie (Chaka).

Mais c'est aussi " l'honneur de poètes " que d'avoir participé à la Résistance en publiant clandestinement des Ţuvres importantes. C'est le cas de Louis Aragon (Les Yeux d'Elsa, 1942 - La Diane Française, 1944), de Paul Éluard (Poésie et vérité, 1942 • Au rendez-vous allemand, 1944), de René Char (Feuillets d'Hypnos, 1946) ou de René-Guy Cadou (Pleine Poitrine, 1946). Les poètes ne seront d'ailleurs pas épargnés par l'extermination nazie : Robert Desnos mourra dans un camp allemand et Max Jacob dans le camp de Drancy.

Dans la période récente, l'engagement poétique a été médiatiquement rapproché à des chanteurs comme Léo Ferré, Jean Ferrat ou plus récemment Renaud.

 

Conclusion [modifier]

Le terme "poésie" recouvre des aspects très différents puisque celle-ci s'est dégagée d'une forme versifiée facilement identifiable et même du "poème", et il est sans doute plus commode de parler d'"expression poétique". Néanmoins la spécificité du texte poétique demeure à travers sa densité qui exploite à la fois le son et le sens ; il est d'ailleurs difficile de traduire un poème dans une autre langue : faut-il se préoccuper d'abord du sens ou faut-il chercher à inventer des équivalences sonores et rythmiques ?

Verlaine et Rimbaud

Mais la question est posée de savoir si le rejet des procédés traditionnels du vers et de la rime n'a pas affaiblie l'expression poétique : celle-ci est certes largement pratiquée comme en témoignent les blogs d'aujourd'hui, mais sa diffusion en librairie est bien rare pour les nouveaux poètes. Ils s'expriment d'ailleurs peut-être davantage avec le soutien de la musique dans le genre plus incertain de la poésie-chanson avec par exemple le rap ou le slam. Néanmoins chaque année voit refleurir le printemps des Poètes, réveillant malgré tout " l'Homme indifférent au rêve des aïeux " ...

En effet, à travers la Poésie, l'essentiel demeure la prise de conscience du pouvoir des mots et de la beauté de la langue, à commencer par une langue dite et écoutée. Pour l'amateur de poésie, " au commencement est le Verbe " et sa puissance créatrice qui nourrit la mémoire et transforme la nuit en lumière, comme le fait dire Jean-Luc Godard à son héros qui vient lutter contre un monde déshumanisé dirigé par un ordinateur dans "Alphaville ".

 

Articles connexes [modifier]

 

Liens externes [modifier]

 

Notes et références [modifier]

Voir sur Wikisource : poésie.

 

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Art poétique

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L'art poétique est la conception que se font une personne ou un groupe de personnes de l'écriture de la poésie, à une époque donnée. Dans une même culture, cette conception varie en fonction de l'évolution historique et sociale. des exemples d'arts poétiques sont l' Art poétique de Boileau, à l' Art poétique d'Horace

Un art poétique est en général un ensemble de règles dont la finalité serait de produire la beauté.

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Histoire des arts poétiques [modifier]

Du Moyen Âge à l'époque dite « classique  », la poésie a toujours été soumise à un art de dire qui avait pour objet de trouver le beau mesuré selon la rigueur de la soumission à la règle poétique, bien entendu, mais aussi à la règle sociale. Le poète fut tour à tour le protégé du seigneur, du prince ou du roi. Le XVIIIe siècle ne pensa pas que les Lumières pussent venir de la poésie et la négligea, même si Géraud Valet de Réganhac publia une traduction en prose et en vers français de l' Art poétique d'Horace.

Les bouleversements politiques et sociaux qui eurent lieu à la fin du XVIIIe siècle et tout au long du XIXe siècle, l'avènement de la société industrielle ont suscité une mise en question radicale de l'homme, qui éprouva soudain un doute vis-à-vis du monde et de lui-même. Le principe de l'unité éclata et la poésie rendit compte de cet éclatement. Les romantiques ont lancé le premier cri d'alarme pour dénoncer les contraintes d'un art qui ne pouvait plus satisfaire l'expression de la multiplicité des apparences découvertes. Mais ils restèrent encore soumis à la loi du vers, au régime du genre.

Dans la seconde partie du XIXe siècle, un phénomène nouveau se fait jour: le vers régulier disparaît. Lautréamont donne une œuvre inclassable qu'il intitule Chants. Rimbaud écrit une série de textes qu'il rassemble sous le titre de Une saison en enfer. C'est tout à la fois un poème, une confession, une contestation, une réflexion, une critique. Désormais, les poètes ne recherchent plus les thèmes dits « poétiques » (l'amour, la mer, la mort, etc.) ou bien encore à correspondre à une règle formelle. « Il faut être absolument moderne », déclare Rimbaud.

Charles Baudelaire réfléchit sur cet art poétique nouveau, dont il est l'un des premiers théoriciens: « La modernité c'est le transitoire, le fugitif, le contingent (...) ». C'est le quotidien transfiguré par le regard ou pris tel quel dans un discours qui ferait « éclater le discours ordinaire » (Jean-Claude Renard). D'une part, le laid peut être beau et tout devient passible de poésie. D'autre part, le poète n'est plus rivé au savoir-faire; il est tout à la fois producteur et produit du monde qui l'entoure. « Écrire, c'est plus que connaître analytiquement : c'est refaire » (Francis Ponge). L'écrivain va donc chercher à s'approprier de nouvelles techniques. Rimbaud veut « inventer [...] de nouvelles langues ». Lautréamont est à la recherche d'une « poétique future ». C'est ainsi que le langage devient une arme. Le poète s'efforce de trouver un « langage qui coupe la respiration, qui racle, raille, tranche. Une armée de sabres. Un langage de lames exactes [...] poignards infatigables, éclatants, méthodiques » (Octavio Paz). Pour l'acquérir, il reconsidère en premier lieu les mots. Il ne peut, en effet, promouvoir un monde nouveau avec des mots usés qui ont perdu toute signification. Le sens premier de ces mots doit être retrouvé pour produire ce que Pierre Reverdy appelle « un effet effervescent », provoquant sur le lecteur un choc. Le poète doit oublier le sens commun déformé par l'usage pour retrouver celui qui s'écarte le moins possible de ce qu'il nomme.

Pourtant, il est sûr, comme le dit Georges Ribemont-Dessaignes, qu'« on ne mange pas le mot pain, qu'on ne boit pas le mot vin ». Le mot ne devient ce qu'il nomme qu'au prix d'un pari incroyable que le poète s'efforce de tenir à tout instant: « Confondons, confondons sans vergogne la Seine et le livre qu'elle doit devenir » (Francis Ponge). L'échec semble alors le lot du poète: « Ce n'est pas sous cette forme-là que je pouvais dire ce que je croyais avoir à dire, ce que j'aurais tant aimé dire; sous cette forme-là, je ne pouvais dire que ce que je n'avais pas à dire, que j'aurais tant aimé ne jamais dire » (Reverdy).

Mais le poète n'est pas toujours attaché à la difficulté d'écrire. Il la résout dans l'oubli des mots, qui alors se forment et s'assemblent d'eux-mêmes ; ils produisent des images dans lesquelles ils proposent une réalité jamais vue, toutes les combinaisons étant possibles depuis que Lautréamont a pu dire: « Beau comme [...] la rencontre fortuite, sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie.» Dans l'image, il n'est plus de contraintes ; la liberté peut s'exercer sans entraves.

L'efficacité de l'image surréaliste tient dans son extrême concentration, dans l'exactitude de sa forme.

« L'image réconcilie les contraires, mais cette réconciliation ne peut être expliquée par des mots - sinon ceux de l'image, qui ont cessé d'être des mots. L'image est ainsi un recours désespéré contre le silence qui nous envahit chaque fois que nous tentons d'exprimer la terrible expérience de ce qui nous entoure et de nous-mêmes (…) Tel est le sens ultime de l'image : elle-même » (Octavio Paz).

Pour André Breton, l'écriture automatique (dictée intérieure, automatisme de l'inconscient) reste une exigence : elle doit fonctionner comme machine de guerre contre l'esthétique bourgeoise, contre le travail volontaire et réglé du poète. Il est à noter qu' au cours de l'évolution historique du mouvement surréaliste, certains (Louis Aragon, Paul Éluard), nostalgiques des formes traditionnelles du travail poétique, se sont écartés de la pratique stricte de l'écriture automatique.

Dans le monde occidental, l'art poétique a connu une évolution semblable à celle de la peinture. Jusqu'au XIXe siècle, la fonction de la peinture était principalement de représenter le monde, en conformité avec la théorie de la mimésis, inspirée d'Aristote. L'invention de la photographie a retiré à la peinture son rôle utilitaire. Les peintres abandonnent alors peu à peu la référence à une réalité extérieure : les impressionnistes décomposent la lumière ; les cubistes déconstruisent l'espace ; les abstraits représentent l'acte même de peindre, faisant de la peinture le seul sujet. Ainsi de la poésie : à l'époque romantique, elle cesse peu à peu de chercher son but ailleurs qu'en elle-même jusqu'à devenir « poésie pure ». Dès lors, elle n'a plus d'autre visée que celle de constituer un langage poétique. Paul Valéry, en commentant le travail de Stéphane Mallarmé, explique cette évolution : « Il avait compris de fort bonne heure que le Fait poétique n'est autre que le langage même, et se confond avec lui …» (Variété)

 

Types poétiques [modifier]

 

Bibliographie [modifier]

  • J.-M. Gleize, La poésie. Textes critiques : XIVe-XXe siècles, Paris, Larousse, 1995 (Textes essentiels), (ISBN 2-03-741020-4).
  • Giorgio Agamben, "Stanze", Rivages, Poche, 1998.

 

Voir aussi [modifier]

 

Liens [modifier]

(Poesie presenti nel libro di Iaphet Elli)

************ ils sont *********** mort pour se rappeler le 11ème septembre 2001
Ils sont homme mort,
Des ruines enterrées...
Ma maison
Passant, plus que je ne vois pas!
Futur aimé...
Un tonnerre!
Sans avertissement
Il a détruit mon esprit;
Pour baser...
Vagues aériennes,
Mes s d'oreilles ont placé l'afire,
Les larmes, descendent
De l'ascensori, que
lumière
Ils ne verront pas plus...
Les jeunes

Il nous accroît dedans la nuit, jeunes
**time-out** en avant tirer pénalité coup-de-pied, qui faire but et qui non, marge zone rester autre, panchinari appeler se, fils simple " garçon " qui attendre pour un nouveau aube , que mettre en communication dedans un futur young jeune dans un position dargli heureux domani;loro garçon , que rond un zone fils vivre heure asseoir , occuper un speranza.Urla , spalti s entendre, fils embrasser lointain corps qui très bientôt s uniranno battement de coeur main pour un Victoria insperata, vie qui laisser plus de! Je voudrais que chaque garçon, chaque esprit, que le jour il embrasse avec l'aube, il a dans se une graine de riz, accroîtrais un sorriso et cultiverais une zone " corrigée ", écoulement de ressort
L'usine des rêves
Assis
Un cadre d'usine, du Window
Heure à descendre je vois,
Aide!
Elle me demande...
Un bras rallongé,
un propaggine de la vie, pour
pour ne pas voir la dernière page
de cette histoire, que
l'histoire infinie a pu être une.
Goffers de S, et dimena
D'une construction...
Lentement elle descend, comme
Un mélangeur!!
Douleur énorme;
Je ne puis pas faire la nulle!
Infinites de moments, comme
L'éternité d'un rêve cela
Il n'arrive jamais, alors que
Ici l'arrivée est prochaine
Au mot fin.
Arrêt!!!!
Ce film, l'usine de nos rêves,
elle a cessé d'exister,
dernier ciak,
seulement, le buio...
l'heure est éternelle.

Ressort trade
Copyright
Ressort de E né '...
lumière,
un plumula, que
l'augmentation de bras;
Sbadiglio après sbadiglio
un sa voix,
elle émet...
un sorriso!
E Né ' Prmavera
et, Ne AM de I heureux!
un enfant, que
l'école
pour commencer des s elle est sur le point ,
une nouvelle idée
à l'integrarsi avec le vieil...
cela, c'est " VERA "
et, non seulement...
" À l'Aspect. "